entre fin janvier et début mai 2002, quatre rencontres ont été proposées dans les locaux de l’agence culturelle d’alsace à sélestat (hall d’accueil et grand auditorium), avec : iris dressler & hans d. christ, curateurs fondateurs du “hARTware projekte” de dortmund / allemagne (25, 26 et 27 janvier) ; jean-paul felley & olivier kaeser, directeurs fondateurs de “attitudes / espace d’arts contemporains” de genève / suisse (23 février) ; pascale grau (artiste) et katrin kögel (historienne de l’art), animatrices du “kaskadenkondensator” de bâle / suisse (26, 27 et 28 avril) ; monica studer & christoph van den berg, artistes multimédia basés à bâle / suisse (3, 4 et 5 mai).
• hARTware projekte
medien kunstverein
güntherstrasse 65 / d - 44 143 dortmund
tél + fax : 00 49 (0) 231 88 20 240
fondé à dortmund en 1996, par iris dressler (historienne de l’art) et hans d. christ (artiste), tous deux curateurs indépendants, hARTware est une plateforme non commerciale dédiée à l’étude des formes ontemporaines de l’art, de leurs conditions de présentation, de production et de réception.
hARTware accorde une importance particulière aux médias et aux formes d’art opérant avec et / ou entre des médiums tels que la photographie, la vidéo, le film, l’ordinateur et internet.
hARTware a choisi de développer deux grandes orientations : primo, la conception et la réalisation de projets d’exposition, secundo la création d’une infrastructure destinée à la production, l’étude et la diffusion des arts visuels.
l’activité curatoriale de hARTware est étroitement liée aux lieux et / ou aux thèmes d’exposition ; hARTware aime confronter l’art et ses destinataires à des contextes spécifiques ; l’exposition est ici envisagée comme un médium complexe capable de nouer une relation discursive originale entre art, infrastructures locales et spectateurs : elle est régulièrement accompagnée de conférences et de symposiums.
hARTware organise sur la base d’un réseau de partenaires tant locaux qu’internationaux et en collaboration directe avec le kulturbüro de dortmund de nombreuses expositions qui se déroulent toujours dans des lieux différents et singuliers de dortmund.
hARTware développe le plus souvent des projets pour des lieux non dédiés à l’art, tels que situations quotidiennes — exemple : “short cuts – links to the body” / 1997 où 17 artistes exposent sur le thème de la représentation du corps dans l’art (photos, vidéos, installations, œuvres multimédia) dans le foyer de la maison pour la médecine et la protection du travail de dortmund - dasa (deutsche arbeitsschutzaustellung) —, friches industrielles — exemple : “reservate der sehnsucht” / 1998 où 33 artistes internationaux exposent dans les 4000 m2 de l’ancien bâtiment de l’union des brasseries de dortmund, friche témoin du passé industriel de la cité de la ruhr —, environnements urbains — exemple : “plan B” / 2000, une exposition d’artistes français au centre-ville de dortmund qui interroge les possibilités et les limites de "l’art dans l’espace public"… le curatoriat nomade est ici envisagé comme une option, un potentiel, plus que comme un désavantage ; mais hARTware ne se contente pas du nomadisme local ; hARTware conçoit et organise également des expositions pour d’autres lieux, villes et pays — exemple : “dialogues & stories” / 2001 où 5 artistes exposent dans le cadre du festival “akzente” de duisburg.
hébergé de 1996 à 1999 par le kunstlerhaus de dortmund, hARTware s’est installé en 1999 dans les locaux du centre culturel et musical de dortmund où l’équipe dispose désormais de bureaux, mais également d’espaces d’exposition (400 m2). hARTware développe dans ce nouvel espace de nombreuses expositions : “dislocation I, II, III et IV” / 1999 (4 expositions d’une durée de 3 jours chacune sur une période de 15 jours) sur le thème de l’identité perdue ; “still life” / 2001 sur le thème de la perception de la réalité à l’ère de la reproductibilité technique, etc. depuis 2000, hARTware a le statut de kunstverein / centre d’art.
• attitudes
espace d’arts contemporains
rue du beulet 4 / ch – 1203 genève
tél + 41 22 344 37 58
fax + 41 22 344 37 57
attitudes@worldcom.ch
www.attitudes.ch
après huit ans de fonctionnement aussi nomade que sédentaire, attitudes a choisi de s’installer 4 rue du beulet, quartier saint-jean, pour re-dynamiser et re-diversifier ses activités à genève.
rue du beulet, attitudes partage ainsi depuis un an le rez-de-chaussée du bâtiment avec le BLVDR — atelier de création, collectif de graphistes, photographes et rédacteurs — et avec GENERAL DOCUMENT — projet artistique piloté par enrique fontanilles dans et hors les murs de l'école supérieure des beaux-arts de genève.
dans ce bâtiment se trouve également le bureau d'architectes ferrero-delacoste-empeyta, qui a conçu l'aménagement du nouvel espace d'attitudes : un ensemble à partir et autour duquel jean-paul felley et olivier kaeser, historiens de l’art, curators indépendants, directeurs fondateurs d’attitudes, veulent tenter de constituer “un pôle de création contemporaine actif et engagé”.
“à cette adresse, expliquent-ils, nous pourrons réaliser des projets qui n'auraient pas pu voir le jour dans notre ancien espace. nous proposerons plusieurs événements parallèles, souvent simultanés, et de durée variable. les arts plastiques resteront notre orientation de base, mais nous privilégierons également des aspects transversaux de l'art contemporain, en ouvrant davantage notre programmation à des projets impliquant notamment l'architecture, le design, le film ou la musique. c'est pourquoi nous avons choisi d'opter dorénavant pour une appellation qui fait la part belle à la pluralité : attitudes - espace d'arts contemporains.
dans cet esprit, le mobilier de l'espace d'accueil changera tous les six mois, de façon à offrir aux visiteurs un regard sur le design contemporain. pour initier cette expérience, nous avons fait appel à alexis georgacopoulos, responsable du département de design industriel à l'école cantonale d'art de lausanne. nous continuerons également à produire des multiples d'artistes et à présenter les sérigraphies R2/12 éditées par françois vincent. de plus, nous accueillerons des projets conçus par des commissaires extérieurs.
pour marquer cette étape dans l'évolution d'attitudes, chaque manifestation sera désormais accompagnée d'un nouvel outil de communication : le journal, qui annoncera et documentera nos activités ; il offrira aussi un support autonome privilégiant les inserts d'artistes, et s'ouvrira à d'autres formes de contributions, de commentaires et d'interventions.
ce nouvel espace de la rue du beulet se veut un lieu de vie, de travail, d'expositions, de rencontres, de documentation et de production. il sera — nous le souhaitons — mieux adapté à ce qu'est devenu attitudes, soit une structure artistique indépendante unique en suisse, dont les activités et les collaborations, ancrées à genève, se développent en parallèle sur un plan national et international. “
• kaskadenkondensator
raum für zeitgenössische musik, bildende kunst und performance
warteck pp / burgweg 7, 2.OG / ch 4058 basel
telefon / fax: 00 41-61-693 38 37
kasko@datacomm.ch
www.kasko.ch
installé depuis 1996 à bâle, dans les locaux de l’ancienne brasserie warteck, le kaskadenkondensator — kasko pour les fans — est un lieu de médiation et de rencontres pour des travaux de recherche, expérimentations et fertilisations croisées dans les domaines de la musique, des arts visuels et de la performance.
l’essentiel du travail se caractérise ici par la prise de risque parce que — selon les animateurs du kasko — la société a besoin de lieux prêts à investir sur des work in progress et non exclusivement sur des produits finis. parce qu’un lieu comme le kaskadenkondensator s’avère absolument nécessaire — à côté d’autres lieux indépendants à vocation non commerciale — en tant que plate-forme propice aux relations, conversations et autres formes d’échanges entre créateurs et amateurs d’art. parce qu’il contribue ainsi, en tant que lieu complémentaire et différent des kunsthalles, musées, galeries et autres espaces d’exposition bâlois à la vie et à la politique culturelles de la ville.
au sein du lieu-dit “wekraum warteck pp”, le kasko est une association autonome, aussi bien financièrement — depuis 1998, il bénéficie notamment du soutien actif de la fondation Alfred Richterich — que pour ce qui concerne le choix et le management de ses différentes activités. son conseil d’administration — 14 bénévoles ! — est composé d’une équipe dirigeante — flexible et tournante ! — et d’un collège de plasticiens, musiciens et théoriciens qui développent en même temps concepts et programmes : “chaque réunion explore et fixe des thèmes, des centres d’intérêts qui sont autant de points de départ. nos choix ont souvent temporaires, chaque saison porte cela étant l’empreinte des expériences des saisons précédentes.”
• monica studer & christoph van den berg
artistes, vivent et travaillent ensemble depuis 1991 à bâle / suisse
blauenstrasse 19 / ch – 4054 bâle
studer_vdberg@datacomm.ch
www.xcult.org/stuvdb
“l’ordinateur n’a sans doute pas été inventé, comme l’écrit si bien patricia nussbaum dans le catalogue comment construire une âme relatif à une intervention de monica studer & christoph van den berg (musée jurassien des arts moutier/ 1997), à des fins artistiques : cette étrange boîte grise est conçue pour obéir à des ordres précis, calculer et résoudre divers problèmes techniques ; nourrie de savoir collectif, elle se propage dans les bureaux et usines et remplace le travail humain. les artistes s’en sont emparés à leur tour, souvent pour l’ironiser ou exprimer le sentiment d’impuissance que nous ressentons parfois face à cette machine dont nous ne sommes pas sûrs si nous la maîtrisons ou si au contraire elle nous domine.
la démarche de monica studer et christoph van den berg va au-delà de l’ironie : en programmant l’ordinateur pour répondre à des questions d’éthique, poursuit patricia nussbaum, ils utilisent pleinement ses ressources et le mettent au défi. leurs questionnements ne sont jamais perfides (...) ils ne cherchent pas à contester sa façon d’opérer, mais prennent au sérieux les solutions qu’il propose. en réalisant ensuite de la façon la plus adéquate possible certaines de ses suggestions, le duo tire de cet instrument des résultats d’une très contemporaine poésie.
monica studer et christoph van den berg font évoluer leurs projets. après avoir poussé leurs investigations dans le domaine de la sémiotique, de la morphologie et de l’urbanisme, ils se sont aussi proposés d’explorer un nouveau thème : celui de l’âme. ce n’est peut-être qu’une conséquence logique de leurs investigations précédentes. et pourtant, ils s’aventurent là en terre inconnue.
depuis 1991, l'ordinateur a servi de plus petit dénominateur commun à toutes les oeuvres créées par ces deux artistes. en dépit d'une atmosphère technoïde, le résultat ne représente pas une célébration de la maitrise technique. l'objectif artistique de monica studer et christoph van den berg n'est pas là. si leur travail n'est que le mimétisme formel d'un discours scientifique, qu'est-ce qui constitue au fond leur sujet principal ? leur travail décrit diverses formes culturelles de l'auto-représentation humaine : la ville comme une constante de l'organisation politico-économique des sociétés humaines ; la carte géographique comme instrument privilégié pour les formes d'organisation appliquées aux territoires humains ; des modèles biologiques intégrés au savoir du développement de la vie organique. il vise à stimuler la pensée, à poser la question de la relation entre le spectateur et la réalité.
ce n'est pas la chose en soi (l'objet transcendantal) qui intéresse les artistes, mais sa réplique, son double, sa copie artificiellement créée par l'homme. tous leurs travaux sont fondés sur cet a priori...

présentation à l'auditorium de l'aca
• comment construire une âme ? / 1997
un travail qui dit l'oscillation de formes entre l'aura / présence d'un pur phénomène et la reproduction mécanique d'un modèle prédéfini. le concept de l'âme représente un exemple classique de la complexité d'un discours culturel et métaphysique de la philosophie occidentale. s'il existe une relation entre pensée philosophique et création artistique, c'est assurément celle de la mise en forme. la philosophie s'est assignée la tâche de saisir la dimension soit idéelle, soit phénoménologique de la psyché humaine ; en d'autres termes, elle s'est attachée à décrire l'indescriptible.
dixit robert rieland : “monica studer et christoph van den berg font de leur côté la démonstration que le désir de mettre en forme l'intangible est une préoccupation plastique fondamentale et pertinente, ainsi que l'est le passage de l'idea à la materia. la procédure de l'investigation saisit des données subjectives, relevant aussi bien du choix souverain que de l'aléatoire. un transfert des données se fait, ensuite, sur un mode objectif dans un porcessus algorithmique assuré par l'ordinateur qui prend en charge les informations pour restituer leur mise en forme. il en naît des formes spécifiques mais momentanées, des modélisations fermées, mouvantes et monadiques. ces matérialisations sont traitées de plusieurs façons, montrant ainsi qu'elles ne font que s'approcher d'une représentation abstraite, impossible à déterminer, car elles sont en fait les prototypes de l'invisible, les localisations d'un processus, sans échelle ni matière absolue : elles prennent la forme de dessins, de modèles en plâtre ou de grandes sculptures en polystyrène. leur construction les renvoie en définitive à nouveau à une idée, un idéal, plutôt qu'à une matérialité physique de la sculpture.”
• formal language system / 1992
32 tableaux représentant des cartes photocopiées de vues schématiques de ce qui ressemble à des petits organismes du règne animal (amibes, organismes unis et bi-cellulaires...), inspirés du système établi par le naturaliste suédois carl von linné, qui imagina un atlas des formes naturelles intitulé “systema naturae” (1735). les artistes ont établi leur propre encyclopédie simulée : utilisant une banque de données, établissant certains paramètres spécifiques et créant des organismes vivants totalement imaginaires. but de l’opération : traduire la création naturelle en un texte intelligible.
ici encore les artistes ont mimé le modèle scientifique dans le but d'atteindre "l'effet-système" : ce qui est représenté est lu comme logique et systématique. toutefois, le système est basé sur un conglomérat de noms et de formes qui échappe à tout contrôle et dont les références internes sont incompréhensibles. la volonté de lire la nature comme un système intelligible est ici brouillée. idem pour “legend” (voir ci-après). l'intelligibilité des systèmes proposés et produits par les artistes, n'est rien d'autre qu'une promesse vide, des mondes (âme, ville, nature) qui finissent par devenir des modèles arbitraires.
• legend / 1997
relation images / textes. 12 images sur lesquelles figurent des phrases sans queue ni tête, qui semblent être la description des scènes représentées sur les images. quel sens cela a-t-il de produire des phrases sans sens ? le rationalisme apparent du travail semble exacerber encore plus cette question. les légendes qui sont habituellement destinées à fournir une interprétation de l'image sont ici dénuées de sens. est-ce pour dire que la légende doit dire quelque chose qui est déjà dit dans l'image mais différemment ? ici, la présence du texte dans l'image n'est pas redondante, elle attire plutôt notre attention.
absence de linéarité dans le texte, absence de linéarité dans la succession des images : la vérité unique / historique de la légende est remplacée par une méta-narration imaginaire et dénuée de sens sinon celui qui consisterait à y mettre autre chose que le texte accrédité par l'Histoire, avec un grand H. on ne les lit pas de gauche à droite. cela rappelle aussi le langage des étrangers, le gastarbeiterdeutsch, la difficulté qu'ont les étrangers à affronter la complexité de la langue d'accueil, le mix de la langue d'origine avec la langue d'accueil crée une autre langue donc une autre réalité. c'est un peu ce que font studer et vd berg lorsqu'ils mixent la pré-modernité des images allégoriques de “legend” avec les techniques contemporaines de l'ordinateur.
• "templates" / 2001
les "templates" sont des paysages travaillés sur ordinateurs, des tirages numériques de grand format représentant des paysages des alpes suisses. encore une fois, studer et vd berg se sont posé la question de la relation entre imagination et représentation virtuelle : comment les images construites numériquement vont-elles vivre dans le régime de la représentation ? ne vont-elles pas pouvoir se passer de tout référent ? les images sont produites directement à partir de l'ordinateur et non à l’aide de photos ou de scans préalables. studer / berg travaillent comme des ingénieurs, des architectes ou encore des designers. tout est réalisé à partir de logiciels 3D dont les fonctions permettent de calculer la prespective, la densité de la lumière... tout est faux, créé : il n'y a rien derrière l'image, les montagnes n'existent pas.
pour autant, il ne s’agit pas d'hyperréalisme car il y a des éléments invraisemblables tels que des ombres qui tombent mal, des objets qui sont hors contexte... faiblesse ou erreur des programmes ? manque de précision ou laxisme des auteurs ? actes délibérés de sabotage pour ne pas tomber dans le panneau de l'illusion des images ? les images générées par ordinateur posent la question de la différence entre artifice et réalité. derrière l'illusion il n'y a rien. chez studer / vd berg, les images proviennent des images et non pas de la nature. il y a un devenir abstrait des alpes qui s'oppose à tout photoréalisme. ce n'est pas la différence entre artefact et réalité qui est envisagée ici mais plutôt la différence entre artefact et photographie.
• hôtel vue des alpes / 2001-2002
reconstitution paradisiaque d'une nature sereine, non polluée, et proposition d'un hôtel à l'architecture des années 60, symbolique de l'essor du tourisme de l'après-guerre : c'est sur le net que s'expose la fabrication d'un type d'idéal de monde.
www.vuedesalpes.com — espace en trois dimensions, construit par studer / vd berg — invite à la promenade et à la pause. petite digression historique - vérisme alpin (théorie littéraire italienne de la fin du XIXème siècle prônant le naturalisme contre le romantisme), leur construction rappelle aussi les paysages autour du “urner see”, un territoire entre rütli et tellskappelle où naquit la confédération helvétique. les alpes ont joué un rôle majeur et dans la manière dont les citoyens suisses s'auto-représentent et dans l'histoire de leur art. exemple : alexandre calame, qui fut un artiste reconnu au milieu du XIXème siècle sur la scène artistique internationale avec ses images sublimes de ladite région, images dont studer et vd berg se sont largement inspirés.